L’Odeur d’un continent
Résumé
En tant que figure majeure du réalisme magique et l’un des écrivains les plus importants du XXe siècle, Gabriel García Márquez fait de l’olfaction une stratégie narrative centrale pour entraîner les lecteurs au cœur de l’Amérique latine, à la fois belle, cruelle et hantée par la mémoire. Dans son œuvre, l’odeur n’est pas seulement un détail sensoriel, mais un vecteur d’identité, de mémoire, de mort, d’amour et de traumatisme historique. En se centrant sur Cent ans de solitude, Chronique d’une mort annoncée, L’amour aux temps du choléra et Tempête de feuilles, cet article examine comment García Márquez construit un système narratif olfactif qui imprègne la vie quotidienne et la réalité magique. Il analyse les fonctions symboliques des parfums, de la pourriture, de la fumée, des senteurs médicinales et florales dans la caractérisation des personnages, la fixation du temps, le témoignage de la violence et l’incarnation de l’amour éternel. Par ailleurs, en s’appuyant sur la pratique cinématographique sensorielle Odorama au Théâtre Capitole de Lausanne, cet article étudie le lien intermédial entre l’olfaction littéraire et l’art olfactif contemporain, et montre comment l’odeur devient un langage commun de communication émotionnelle et de mémoire culturelle. Cette étude révèle que la poétique olfactive de García Márquez enrichit non seulement la forme esthétique du réalisme magique, mais offre également un paradigme profond pour comprendre l’histoire, la vie spirituelle et l’expérience sensorielle humaine en Amérique latine.